Name::Miss Klektik From::Montreal, Québec
Pas toujours jolie. Not always flying. Mais toujours cette joie de partager de petits et de grands morceaux de ce moi en deux couleurs. Reborn after a creative literary suicide. View my complete profile
...depuis que je me dis que ce sera bientôt la fin. Pas une mort, ni même un déclin. Une douce terminaison obligée comme un point pour marquer l'arrêt. Pour reprendre mon souffle avant d'écrire un autre départ. Pour réfléchir au sens de ce qui sera tombé sous mes yeux. Le faire tourner dans ma tête comme un bien précieux jusqu'à en extirper toutes ses subtilités.
Les gens se quittent, se trompent et cessent de s'aimer. Ceux qui restent savent qu'ailleurs, ce ne sera pas mieux. Les autres se connectent sur Réseau-Contact. Et moi j'erre encore entre les passants. À défaut de savoir faire autrement. Tout éloigner de soi pour se refaire. Constamment. Persuadée que plus tard, ce sera à recommencer. Encore. D'autres mots seront écrits. D'autres paragraphes aussi... mais parfois, j'aimerais avoir la décence de ne pas finir mes romans. Toujours garder une page, une seule. Ou arrêter les films avant la fin. Comme le faisait Selma...
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dimanche 25 mai 2008
Anywhere I lay my head
Elle dépose un peu de chaleur sur ses mèches noircies par le feu. Un feu orange, jaune et bleu. L'encre salive sur les pages de son petit cahier. Chaque mot devient un tour de parcours et elle dessine de petits soleils dans les coins pour défier les formes carrées. Elle souhaiterait que ses yeux possèdent moins de transparence, elle voudrait aimer un peu moins les différences.
Elle repense à son enfance. En saluant les ficelles, elle ignorait qu'elle portait toujours des chaînes. Aujourd'hui, elle parle de sentiers, de couleurs et de liberté. Elle se dit que la vie impose des choix impossibles à assumer. Sans avouer que le soir venu, son corps semble te chercher.
La musique remplit la pièce et soudainement, elle n'est plus seule.
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samedi 24 mai 2008
SATC – Les Samantha existent-elles vraiment?
Juliette et moi, café à la main, pour notre séance de shopping hebdomadaire. Les allées de soutiens-gorge forcent inévitablement les confidences. En choisissant la dentelle qui se porterait bien sous un imperméable discret, je m'égare dans les récits du week-end. Alors que je raconte sans pudeur et en croustillants détails ma soirée arosée dans un hôtel du Vieux-Montréal, mon cellulaire vibre trois fois plutôt qu'une avant même que j'ai le temps de déposer le joli corset et mon latté. Je mets donc de côté mes articles de survie afin de dévisager mon afficheur. Juliette me regarde avec un sourcil relevé, prête à entendre la courte littérature de mes aventures.
Si le premier est l'habituel vendredi qui ne considère pas encore sa journée officielle comme acquise, le deuxième est un vieil ami que je soupçonnerais de drunk sms si nous n'étions pas en plein après-midi. Le troisième consiste en une invitation charmante par une lesbienne épanouie qui ne cherche qu'à meubler ses nuits avec celles qui savent tenir une conversation sur l'art.
Je réponds aux trois de mes doigts expérimentés en essayant un soutien-gorge et un corset. Finalement, j'opte pour les deux. La nouvelle lingerie possède la qualité de donner une importance aux gens avec qui l'on partage une nuit. À la sortie, je demande à Juliette si elle croit que les femmes comme Samantha existent vraiment. Elle se tourne vers moi, l'air surprise en me disant : « Mais tu penses que t'es qui? Carrie? »
* Texte écrit dans le cadre d'un concours. Cliquez ici pour aller voter pour les textes sélectionnés. (Personnellement, je préfère celui de Jérôme Schlossman)
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jeudi 22 mai 2008
Tout éclate. Écarlate.
Toujours entre l'acte et la pensée. Délimiter, séparer, disséquer. Les pages sont collées et le carton est plié.
Elle voudrait qu'elles se déchirent le coeur de la poitrine et en fassent une offrande. Mais elle se retrouve au milieu d'une scène de crime où chaque centimètre compte. La foi s'écarte et la violence fait place à la danse. Derrière de longs cheveux noirs se cache une jeune fille aux yeux bleus. Elle m'a dit que son nom s'était sauvé quand elle avait douze ans. Je lui ai suggéré de partir à sa recherche.
Elle a prit ma main. Elle m'a dit qu'elle serait toujours là. J'aurais voulu lui dire que je savais déjà que les mensonges coulaient de ses lèvres en quantité industrielle. J'aurais voulu lui dire que j'ai vu les traces qu'elle a laissée sur celle qu'elle a pensé aimer avant moi. Mais je lui ai retourné son sourire.
Recyclage de me première demeure. Selon Statistiques Canada, le taux de suicide au pays chez les jeunes n'a pas augmenté considérablement depuis 1996.
C’est l’hiver. Les rues et les trottoirs sont couverts de neige. Je marche jusqu’à la pharmacie en repassant sans cesse mon plan dans la tête. Il fait froid, très froid, mais je suis si loin dans mes pensées que je ne sens pas l’air glacial sur ma peau rougie. Je ne sens plus rien ni à l’intérieur ni à l’extérieur et c’est pour ça que j’ai choisi ce moment. C’est l’instant où tout est parfait pour partir puisque je suis déjà vide.
Je m’achète deux boites de somnifères extra-forts. Je commence à être nerveuse. J’ai peur de ne pas passer la caisse, comme si c’était marqué dans mon front que je voulais toutes les avaler d’un coup pour m'endormir longtemps, pour me tuer. Je repousse mes inquiétudes dans le fond de ma tête et je fais mon plus beau sourire à cette caissière qui donne l’impression d’être sortie d’un vieux film de série B des années 80. Je ne dois pas paraître triste. C’est presque trop facile, elle ne me pose pas une seule question. Elle ne semble pas se douter ce que je m'apprête à faire, je ne suis même pas sûre si elle a regardé ce que j’ai acheté. Tout est dans ma tête en douleurs et en sentiments refoulés. Je n'arrive pas à éteindre ces pensées qui guident chaque pas que je pose sur ce sol glacé.
Finalement. Délivrance. Je retourne à la maison, souriante. Je me sens plus légère. Mon plan va réussir. Je ne souffrirai plus de la bêtise humaine, je ne serai plus une proie pour tous ces hommes. Je m’installe sur mon matelas avec mes pilules. J’écoute C’était l’hiver de Cabrel.
Je remets la chanson encore et encore en pleurant sans me contrôler. Les larmes aux yeux, je repense à tous ces noms, à Kamel surtout que je ne prendrai jamais la peine de changer… Fuck le karma! C’est beaucoup trop pour une vie! Je connais des gens qui ont le double de mon âge et qui n’ont pas vécu la moitié de ce qui m’est arrivé. C’est trop pour moi. J'écris jusqu'à ce que je n'arrive plus à contrôler la pointe de mon crayon. Ma vue est floue. Les larmes inondent mes yeux et mes joues. Tant de larmes. Tant de douleur. Je n’en peux plus. L’enfer n’existe pas. Je dois en finir. La mort ne peut pas être pire que la vie. Avec une vie comme la mienne, l'enfer se trouve sur terre et nulle part ailleurs.
Je prends une grosse inspiration et j’avale toutes mes petites pilules bleues. Ça me lève le cœur. J’ai envie de vomir, mais je dois tout garder à l’intérieur pour que ça fonctionne. Je ne veux pas diminuer l’effet des somnifères, je ne veux pas manquer mon coup. Je ne veux pas m’éveiller.
Tout commence à tournoyer autour de moi. Je sens mon corps s’alourdir, je sens que je vais partir. Pour aller où? Et si l’enfer existait? Et si l’au-delà était vraiment pire qu’ici? Maudite religion catholique! Ça y est, j’ai des remords.
J’appelle le 911 en me traitant de tous les noms. La suicidée qui se dénonce, ce n’est pas fort. Ça sonne. Je veux raccrocher. J’ai mal au coeur. J'ai peur. Je pleure. Mon corps est contrôlé par une série de spasmes. Je ne sais même plus si ce sont l’effet des pilules ou si ce n’est que l'énervement qui s'empare de moi. Ça répond. J’explique ma connerie. La femme à l’autre bout du fil ne veut pas que je raccroche tant que les ambulanciers ne seront pas arrivés. Je suis couchée sur mon matelas et je regarde le plafond tourner. J’écoute. Je fais ma bonne fille. Je donne un signe de vie par un oui ou par un non de temps à autre. Le temps semble s’étirer. Je me sens lourde, épuisée. J’ai juste envie de dormir...
Mais ça sonne à la porte. Les ambulanciers arrivent. Ils me demandent ce que j’ai fait. J’ai avalé deux boîtes de somnifères. Avec quoi? Avec du jus, du punch aux fruits si la précision est nécessaire. Ils se foutent de ma gueule. Ils rient de moi en plein devant ma face. Si je voulais mourir pour vrai, je les aurais pris avec de l’alcool. Je cherche juste à attirer l’attention. Je dois descendre toutes les marches debout toute seule comme une grande fille. C’est ma punition pour ne pas savoir comment bien me suicider. Ça tourne. Il est hors de question qu’ils m’aident. Je ne mérite pas leur aide. Ah ben fuck you! Le voyage en ambulance est long, tellement long! Je ne mérite pas la sirènes ni les lumières. Que j’attende. Je ne crèverai pas anyway parce que je n’ai pas pris ces saloperies de somnifères avec de l’alcool.
À l’hôpital, je ne tiens plus debout. Les pilules font effet, ce n’est donc pas que la peur. Vous allez voir, je vais crever pareil, vous ne me sauverez pas et vous regretterez ce que vous m’avez dit pour le restant de vos jours. Je n’arrête pas de vomir partout. Quelqu’un m’installe dans une chaise roulante. Je ne vois plus très bien. Juste assez par contre pour voir que je viens de gerber sur les beaux souliers d’un des deux ambulanciers. Maudite cochonne qu’il me dit en me donnant un sac en plastique. J’ai à peine le temps de me féliciter que je sombre dans le noir le plus total...
Je m’éveille tranquillement. Où suis-je? Je veux me lever, mais je n’y arrive pas. Mes pieds et mes poignets sont liés. Je suis attachée à un lit d’hôpital. Je prends conscience de chaque tube qui entre dans chaque orifice de mon corps. Je suis la femme biomécanique de H.R. Giger.
Une jeune femme à l’aura angélique s’approche de moi. Ça doit être une infirmière. Elle m’explique d’une voix douce que mon coeur a cessé de battre, qu’ils ont du me brancher à toutes ces machines. Il n’y a plus rien qui se passe dans ma tête quand je vois que l’infirmière tient quelque chose dans sa main. Je veux savoir ce que c’est. Je m’en sacre d’être passée à deux doigts d’y rester. C’est du charbon afin de nettoyer mon estomac. Elle me l’envoie à travers un des nombreux tubes qui pénètrent mon intimité. Un goût de goudron visqueux et froid traverse mes narines, ma bouche, ma gorge. Je le sens couler tout doucement. C’est dégoûtant. Je suis bel et bien en vie. Un rappel dont je me serais passé.
Les secondes deviennent des minutes, les minutes deviennent des heures et le psychiatre m’accueuille dans son bureau. Non, promis, je ne recommencerai plus. Oui, je comprends l’ampleur de mes gestes. Oui, je sais, la vie est précieuse. Je sais que j’y suis presque restée. Je fais ma nunuche, ma petite fille parfaite qui regrette. Ça marche. Je m’en sors avec un plan d’action sur papier complètement stupide, aucun suivi. Je réussi à sortir facilement et je suis assez fière de moi. Si je disais tout ce que je pensais, je ne pourrais jamais circuler dans le vrai monde.
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mardi 20 mai 2008
To do list du mardi
Écrire comme Carrie. Écrire à Marie qui veut que nous allions voir une expo. Écrire à mon nouvel ami pour entretenir son intense amitié. Écrire à mon ancienne petite amie sans mettre les points sur les i. Écrire à l'amie de mon ancienne petite amie parce qu'elle dit que nous ferions un joli duo. Toujours et sans cesse provoquer le destin jusqu'à trouver les bras pour me retenir. Et profiter du voyage pour lire un des trois bouquins que je traîne avec moi. Selon l'humeur, selon le temps. Pour alléger mon sac à main... surtout... faire semblant de savoir ce que je fais.
Ma langue donne un genre à tous les mots. C'est lorsque je la regarde à l'état sauvage qu'elle me plaît le plus. Insoumise, rebelle et difficile à suivre. Je dois écrire et décrire sans trop faire de bruit. Je dois surtout me coucher tôt pour m'éviter des ennuis. Mais je ne peux rien y faire si les mots quittent mon esprit et ne reviennent que la nuit. Ma vie, je la dois à eux aussi.
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lundi 19 mai 2008
With old songs in my head
Je pousse les portes de la boutique avec une seule intention : ne pas repartir les mains vides. Au milieu des masques et des vestiges d'un passé éloigné, j'avais l'impression d'entendre des histoires en touchant les objets qui s'offraient sous mes yeux. Les dépenses comblent les vides qu'il s'agisse de souliers, de vêtements ou d'articles d'intérieur.
Sur une boîte en bois aux motifs qui me rend les yeux étincelants, je le découvre dans son étui. Je le sors pour l'observer. Ça me rappelle ces après-midis et ces soirées passées avec cette bande de demi cinglés. Je m'ennuie de ces actions, de ces habitudes que j'ai quittées lorsque je me suis éloignée de moi pour former un couple il y a de cela quelques années déjà. Je me demande pourquoi on se quitte plus rapidement que l'on se retrouve.
Mon garçon me regarde avec un sourire « Elle est cool l'épée, maman! ». L'ancien amant que je tente de transformer en ami le reprend « C'est un couteau. ». Comment aurais-je pu me retenir alors d'ajouter avec un sourire en coin et des souvenirs plein la tête « Vous avez tort tous les deux, c'est un athame. ». Et continuer mon shopping en silence.